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L’Entretien du Lundi - Frédéric Brindelle : "Mon travail est de mettre en valeur la performance"

13 décembre 2014 - 17:03

Frédéric BRINDELLE a grandi en même temps que les Femmes de Défis et suivi aussi tous les succès des Costauds et des Experts. Comme l’équipe de France féminine, il débutera ce soir son huitième championnat d’Europe féminin d’affilée au poste de commentateurs de Sport+ (groupe Canal+) avec à ses côtés Valérie NICOLAS. Son enthousiasme et ses plaisanteries le placent dans la lignée de Roger COUDERC (rugby), de Thierry ROLAND (football) et pour la gouaille de son contemporain Patrick MONTEL (athlétisme). Ce passionné, amoureux permanent, livre quelques-uns de ses souvenirs qui ont jalonné dix-sept années à suivre les équipes de France et jure que cet Euro ne sera pas son dernier…

La rumeur coure que ce championnat d’Europe serait ton dernier ?

Les récentes acquisitions font que nos chaînes n’auront pas les droits des prochaines compétitions IHF et EHF. Mais cela ne veut pas dire que le groupe Canal+ ne reviendra pas dans la course plus tard. Certes il va y avoir un break mais je reste chez Canal+ et je continuerai à commenter régulièrement. Le championnat de France féminin et tous les matches des équipes de France disputés sur le territoire français ainsi que la Golden League, restent sur les antennes du groupe Canal+.


Te souviens-tu du premier match que tu aies commenté ?

C’était sur l’antenne d’AB Sport pour France - Italie, le premier match des garçons lors du Mondial de 1997 disputé au Japon. J’avais rejoint cette chaîne nouvellement créée qui diffusait notamment du cyclisme et de la course à pieds. Lorsque ce Mondial 1997 s’est présenté, j’ai fait partie des trois équipes de commentateurs et Thierry ANTI était à mes côtés, en cabine à la Plaine Saint-Denis. J’ai débuté ma carrière à Radio Nord Seine-et-Marne et je suivais le club de Pontault-Combault. Thierry est le premier entraîneur que j’ai côtoyé. Puis la liste des consultants, sur AB Sport, Pathé Sport puis pour le Groupe Canal+, s’est étoffé avec Carole MARTIN, Catherine PIBAREAU, Stéphanie LUDWIG, Nodjialem MYARO, Véronique PECQUEUX-ROLLAND et Valérie NICOLAS. Avec les garçons la liste est longue aussi et prestigieuse : Thierry PERREUX, Denis TRISTANT, Philipe GARDENT, Stéphane STOECKLIN, Éric QUINTIN, Philippe MÉDARD, Daniel COSTANTINI, Claude ONESTA, Olivier GIRAUD, Nicolas COCHERY, Laurent MUNIER, Olivier KRUMBHOLZ, Grégory ANQUETIL et tout récemment Guillaume GILLE.


Et de ton premier reportage ?

C’est aussi en 1997, avant le championnat du monde féminin en Allemagne. Je me suis rendu à Metz où l’équipe de France, dirigée par Carole MARTIN, était en stage. Je me souviendrai toujours du premier bonjour échangé avec Valérie, Sandrine, Véronique, Nodjialem… Et la sensation que nous étions contents de nous retrouver alors qu’on ne s’était jamais vus. Cette première rencontre avec l’équipe de France féminine m’a vraiment marqué.


Avais-tu pratiqué le hand auparavant ?

J’ai joué dans le cadre de l’UNSS. J’étais passionné par le rôle de gardien. J’avais commencé à m’investir mais par rapport à l’organisation familiale ce n’était pas possible et on m’a inscrit au foot. Une vraie passion était née mais qui n’a malheureusement pas pu s’épanouir.


Hormis le foot, as-tu essayé d’autres sports ?

En fait j’ai eu une enfance compliquée à Meaux. J’étais un petit garçon malheureux et peureux. Le sport a été un moyen de m’épanouir. Ma vie a réellement commencé avec le judo, vers l’âge de six ans. Ce sport m’a permis d’être un vrai garçon puis c’est grâce au football que j’ai pu me faire des copains. Plus tard, j’ai fait du cyclisme et j’ai gagné quelques courses de niveau régional. Ce sport m’a permis de m’identifier avec mon père de cœur avec lequel ma maman s’était mariée. Pour lui et pour moi, cela nous a permis d’avoir une relation père-fils, de rattraper la vie et de m’imposer en tant qu’homme. Je fais toujours des sorties à vélo et un peu de musculation.


Te souviens-tu du moment où tu as eu envie de devenir journaliste sportif ?

J’ai été élevé par ma grand-mère qui a eu 10 enfants et trois de mes oncles, des musiciens, m’emmenaient sur les Quais de Saint-Michel à Paris pour jouer et faire la manche. J’ai toujours été au contact avec le monde du spectacle et dès que j’ai regardé du foot et du cyclisme à la télévision, je me suis mis à commenter. Pour moi, c’était évident. Ma grand-mère m’achetait L’Équipe tous les matins.


Et c’est l’univers du cyclisme qui t’ouvrira les portes du métier…

J’ai vite préféré faire le speaker de course cycliste plutôt que d’être sur le vélo. J’ai acheté une sono et j’ai dû animer une centaine de mariages. J’ai créé mon orchestre « Café Crème » dont j’étais le chanteur percussionniste. J’ai aussi longtemps fréquenté les cabarets et j‘ai aussi fait de nombreuses animations commerciales. Je vivais de toutes ces animations et parallèlement j’ai intégré une école de communication audiovisuelle, l’EFAP Images. Avant d’arrêter toutes ces activités au début des années 2000, je cumulais les animations avec mes collaborations à la radio et à la télévision. Je n’étais pas à la recherche d’argent mais de la reconnaissance. J’ai dû me battre et j’ai beaucoup souffert pour m’imposer. De toutes ces expériences, le fil conducteur, c’est l’humain. J’ai toujours eu besoin de développer une relation humaine forte. Donner et recevoir est une façon d’exister.


Le style Brindelle, c’est un commentaire qui navigue entre le propos sérieux et un ton populaire.

Je conçois l’événement sportif comme un spectacle. J’ai toujours aimé m’adapter. Je suis aussi à l’aise avec le milieu populaire que l’univers très guindé. Lorsque je commente, je veux apporter du rêve et de l’émotion, comme pour un spectacle. L’expérience des situations non maîtrisées du cabaret est fondamentale dans ma manière de commenter. Grâce à t’expérience de ces animations, je sais ce que cela veut dire de parler aux gens. Lorsque des jeunes journalistes me demandent des conseils, bien sûr en premier lieu il y a l’esprit de synthèse, la précision du traitement, les principes de base du journalisme mais il n’y a rien de plus beau que le parcours humain et la nécessité d’être soi-même. Je peux entendre toutes les critiques mais je n’accepte pas qu’on me dise que je triche ou que je ne fais pas mon travail honnêtement.


La filiation avec les COUDERC, ROLAND et MONTEL est-elle encombrante ?

Un jour Eric BAYLE, le monsieur rugby à Canal+ m’a présenté comme le Roger COUDERC du handball. Éric BARADAT m’avait écrit aussi une dédicace en ce sens. C’est évidemment très valorisant mais très gênant d’en parler. COUDERC, c’est une légende.  J’ai des liens de camaraderie avec Patrick MONTEL. Quant à Thierry ROLAND, sur les 3-4 dernières années avant sa disparition, on lui a demandé quels étaient les journalistes TV qu’il appréciait. Et trois fois il m’a cité en disant « j’aime son côté chauvin ». Nous devions partager un repas ensemble mais il est parti avant. Et comme je suis très attaché aux signes et aux symboles, lorsque j’ai commenté mon premier match de l’équipe de France de football, France-Espagne au Stade de France, j’ai levé les yeux vers la tribune de presse qui a été baptisée Thierry ROLAND.


Quelle est le journaliste qui t’a le plus inspiré ?

Patrick CHÊNE. Je pense que c’est à lui que je ressemble le plus. Il incarne l’enthousiasme, l’exigence professionnelle et sa personnalité a permis d’apporter un style dans le commentaire.


Alors que tu as des liens d’amitié avec des joueuses et des joueurs des équipes de France, comment fais-tu pour apprécier voire juger leur performance ?

Donner des notes, c’est une démarche que je ne cautionne pas. Ce sont les maîtres qui donnent des notes, pas les journalistes.  Mon travail est de mettre en valeur la performance car je sais la somme d’investissement que cela représente. Je n’ai pas peur de faire des compliments. Pour beaucoup de gens la critique est plus facile. Quand un joueur n’est pas à la hauteur, je le souligne en posant une question sur les raisons en m’appuyant sur le consultant. Pour analyser une performance je m’appuie sur ce que les spécialistes du hand me disent au quotidien. Il y a un domaine sur lequel je m’estime plus compétent pour juger, c’est la psychologie du sportif car j’ai beaucoup travaillé là-dessus et j’ai passé des heures à discuter avec des entraîneurs et des préparateurs mentaux.


Les 7 buts remontés par l’équipe de France féminine en finale du Mondial 2003 face à la Hongrie, restent-il ton meilleur souvenir ?

Le meilleur souvenir, c’est en 1999, un quart de finale France - Danemark. Le match le plus improbable que j’ai vu. C’était surréaliste. Les Françaises venaient de nulle part face aux Danoises qui cumulaient tous les titres. Les Français mènent 13-8 à 20 minutes de la fin et n’inscrivent plus un but jusqu’à la fin du match. Il reste 13 secondes, le score est de 13-13, et Lotte KAERSKOU s’avance pour tirer un penalty. Je trouvais cette joueuse très mignonne et Valérie NICOLAS, avec laquelle j’étais déjà complice, m’avait dit un truc du genre « je vais lui faire la fête à ta petite danoise ». Elle porte le n°13 et à l’antenne je deviens fou : j’annonce que Valérie va arrêter le penalty. C’était comme un flash. Quelques jours avant on avait quitté Trondheim et pris un avion avec l’équipe de France. Étonnamment, il y avait un rang n°13. Isabelle WENDLING, qui porte le n°13, s’était installée et je m’étais glissé à ses cotés. Je lui avais dit, il va se passer quelque chose. Valérie arrêta le penalty et la France gagnera en prolongations. Ce soir là, j’ai eu l’impression d’être immergé dans le truc. En plus, c’était ma première compétition en direct.  C’est le début de tout et le plus beau souvenir.


Tu es un témoin privilégié depuis 17 ans déjà. Comment juges-tu l’évolution du handball ?

C’est un milieu où j’ai pu vivre des aventures humaines fantastiques avec beaucoup de convivialité. C’est un sport pour lequel les gens s’investissent beaucoup en tant que militants mais oublient d’être supporters ou fans. Du coup, le handball n’a pas les audiences qu’il devrait avoir car la famille du hand ne se mobilise pas toujours comme elle le devrait. Et en ce sens je regrette que le projet ambitieux que nous avions avec Canal + nous ait été enlevé par la LNH. C’était un moyen d’avoir une grosse exposition. C’est ce dont le handball a le plus besoin.


L’équipe de France féminine débute ce soir son huitième Euro consécutif. Quel est ton pronostic ?

Il manque une joueuse d’expérience au poste d’ailière droite et je suis un peu inquiet sur le poste d’arrière gauche. Nous avons de bonnes joueuses avec un bon vécu mais peu sont capables de faire basculer un match. Par expérience je sais aussi que les qualités du handball français et le sérieux des françaises font qu’elles sont capables d’être championnes d’Europe… Mais la probabilité serait qu’elles sortent de la compétition après le Tour Principal.

Quels sont les joueurs qui te font rêver ?

Gamin, le premier à m’avoir fait rêver est Eddy COURIOL puis Philippe GARDENT : dès qu’il marquait un but, il y avait une aventure humaine. À partir du moment où les joueurs sont arrivés au plus haut niveau alors que j’étais en place, je les ai tous aimés comme des amis et je serais bien incapable de sortir un joueur plus qu’un autre. Mais il est clair que l’amitié et la complicité professionnelle avec Greg ANQUETIL font qu’il a une place particulière.


Et du côté des filles ?

C’est pareil. J’ai une aventure humaine très forte avec Nodji MYARO, en tant qu’amie et consultante. Par rapport à tout ce qu’elle a apporté et à ce qu’elle représente, la mère de famille, la psychologue, la présidente de la LFH, son origine tchadienne, la Française… Elle est un fabuleux exemple de ce que le handball féminin peut produire.


Ton fils Antonin a choisi de joueur au handball…

Il a eu la chance d’aller dans les vestiaires depuis tout petit. Aujourd’hui, il a 13 ans et il est déjà dans sa huitième saison ! Il joue en moins de 15 ans à Eaubonne, comme demi-centre ou ailier gauche. Il n’a pas de grandes qualités physiques mais il fait bien jouer les équipes. Il y a un joueur qui le touche particulièrement, c’est Michaël GUIGOU et nous le prenons souvent comme exemple pour le faire progresser.


Avec le football, une 2e carrière s’ouvre à toi…

Avec la Ligue 1 et l’équipe de France, c’est un beau challenge. Florent MALOUDA, Willy SAGNOL et Laurent BLANC et bien d’autres se sont montrés très chaleureux avec moi car ils ont apprécié ce que je fais dans le handball. Le foot est perçu comme un milieu très dur et impersonnel. Je peux t’assurer que les gens du milieu du foot recherchent les valeurs qui sont celles du handball. Le handball me permet de m’installer humainement dans ce milieu, c’est une bonne porte d’ouverture.

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