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L’Entretien du Lundi – Alain Portes : "Je suis un entraîneur qui aime ses joueuses"

25 novembre 2014 - 18:13

C’est ce lundi à Paris qu’Alain PORTES retrouve le groupe de 20 joueuses convoquées pour la préparation de l’Euro 2014 (Croatie-Hongrie, du 7 au 21 décembre). L’équipe de France mettra ensuite le cap sur la Norvège pour disputer la 2e étape de la Golden League 2014-2015 avant de basculer sur l’Euro qui est aussi la première étape de qualification pour les J.O. de 2016.

Que fait un sélectionneur à la veille du rassemblement de l’équipe de France féminine ?

Je fais mon sac et il faut bien réfléchir car on part près d’un mois. Cela s’organise matériellement d’autant plus que nous sommes engagés dans un petit périple : Paris pour le rassemblement, la Norvège pour la 2e étape de la Golden League, la Hongrie pour la préparation terminale puis la Croatie pour le 1e tour.


Dans quel état se trouve la troupe tricolore ?

Si j’écoute tout le monde, chacun est fatigué, voire exténué ou blessé. Cela ressemble à une armée qui rentre du combat alors qu’elle doit s’y rendre. Au-delà, il y a des vraies blessures ou des bobos. Allison PINEAU n’a pas touché un ballon depuis deux mois, idem pour Amandine LEYNAUD qui n’a pas encore rejoué de matches officiels. Alice LÉVÊQUE est touchée (aponévrose) et Grâce ZAADI a un souci au poignet. En plus des blessures d’Audrey DEROIN, Blandine DANCETTE et Cléopâtre DARLEUX, cela fait beaucoup.


L’une de tes prérogatives est l’anticipation, as-tu déjà un plan B en tête ?

Si les filles retenues sont à 100 %, j’ai déjà en tête la sélection pour l’Euro. Mais on verra la réalité du terrain, il faudra s’adapter et peut-être changer de stratégie. J’ai anticipé en convoquant par exemple trois pivots afin d’économiser Nina KANTO, en Golden League, qui est très sollicitée depuis le début de la saison. J’ai convoqué sept arrières droitières pour, à priori, deux postes car il y a des inconnues avec Allison et Alice. Voilà, il y a des incertitudes et des jeunes seront peut-être invitées à prendre le relais.


Depuis ton arrivée et le France-Slovaquie du 24 octobre 2013, 20 matches ont été disputés. Le bilan est flatteur : 16 victoires, 2 nuls et seulement 2 défaites… Prêtes-tu attention au bilan chiffré ?

Je regarde mais je sais relativiser. J’ai coutume de dire que ce sont les grandes compétitions qui comptent. Disputer des matchs internationaux, c’est bien mais ce n’est vraiment pas pareil sur un Euro ou un Mondial. On verra comment l’équipe évolue : on peut remporter la 2e étape de la Golden League et ne pas passer le 1e tour de l’Euro : c’est ce que l’on retiendrait.


Si avec la Slovaquie, la Serbie et le Monténégro, le 1e tour est périlleux, le Tour principal semblerait plus ouvert…

Je voudrais d’abord que l’on passe le 1e tour. L’équipe serait alors dans une dynamique de confiance et de positivité pour aller chercher des victoires. Si l’équipe a des assurances, elle deviendra ambitieuse. Le premier match face à la Slovaquie est très important : il peut donner le ton de notre Euro.


Contrairement à un Mondial, l’Euro propose des adversaires tous dangereux. Crains-tu ce premier match face à la Slovaquie ?

C’est pourquoi j’ai programmé un quatrième match de préparation le jeudi 4 décembre, face à la Hongrie. On risque de se faire bouger et je devrai gérer l’énergie des joueuses mais ce dernier match nous permettra d’aborder la compétition avec du rythme. Il ne faudra pas être surpris par l’intensité et être tout de suite dans le vif du sujet face aux Slovaques.


Après plusieurs semaines de vie commune, quels rapports entretiens-tu avec tes joueuses ?

Je suis un entraîneur qui aime ses joueuses et je ne peux pas donner le meilleur de moi-même si j’ai des freins. Toutes les filles me donnent envie de les aimer, avec leurs qualités et leurs défauts. Avec leurs forces et leurs faiblesses, elles sont attachantes. Leurs faiblesses, comme la perte de confiance, sont parfois difficiles à gérer mais ce sont des filles qui donnent envie de les aider. Il faut montrer de temps en temps des signes d’affection. Lorsque des joueuses ont été attaquées, notamment après le quart de finale mondial perdu face à la Pologne, je les ai défendues becs et ongles. S’il existe plusieurs façons de témoigner son affection, les protéger en est une.


Dans un Entretien du Lundi précédent, Jan BASNY citait Éric N’GAPETH. « Une équipe de garçons a besoin de résultat pour former un groupe, une équipe de filles a besoin d’avoir un groupe pour faire un résultat. » Quel est ton avis ?

C’est assez vrai en effet. La dynamique de groupe, qui se construit avant les matchs, est fondamentale chez les filles. Si elles s’aiment, elles se battent pour leur copine tandis que les garçons sont plus capables de s’asseoir sur leurs états d’âme pour atteindre un objectif commun.


Sur la tactique et la stratégie, existe-t-il des différences entre les filles et les garçons ?

Les filles ont généralement plus besoin plus d’être aidées par un coach alors que les garçons vont moins l’avouer ; alors qu’ils ont aussi besoin de conseil sur les aspects stratégiques. Les filles attendent souvent un petit mot, un conseil. Il m’est arrivé de dire à une fille, tu vas tirer le pénalty de telle façon, et si tu le rates, on dira que c’est de ma faute. Elles ont aussi tendance à plus observer le coach, voir s’il stressé ou pas. Si je les trouve trop stressées ou trop décontractées, j’ajuste mon comportement.


Sélectionneur serait aussi un rôle de composition ? Mais il faut renouveler le rituel à chaque match…

La chronologie de la préparation du match est assez organisée, bien calée même. J’essaie plus de surprendre les filles par le discours, la stratégie ou la composition que par des artifices comme écrire des messages dans le vestiaire. Je me suis toujours questionné sur le comportement des coaches alors même que j’étais joueur.  Lorsque je montre du calme, je triche, car évidemment je bous à l’intérieur. Dans un moment de stress, montrer de l’angoisse, ce serait pire. Alors oui il y a un numéro d’acteur et parfois je me force un peu à engueuler l’arbitre pour soutenir mes joueuses. Contrôler ses émotions est fondamentale.


En quoi ton passé de joueur de l‘équipe de France médaillé olympique est-il un atout pour diriger ton équipe ?

Je m’en sers. J’essaie de m’appuyer sur mon vécu et de leur expliquer comment je l’ai géré. Elles tendent alors une oreille : cela fait aussi partie des choses pour les surprendre. Dans les réunions d’avant match avec Frédéric PÉREZ avec lequel j’ai tout vécu, on évoque notre passé en équipe de France. Cela détend les joueuses et les aident un peu d’entendre nos anecdotes. Voilà, j’essaie de leur transmettre quelque chose.


Que dit-on à une joueuse comme Cléopâtre DARLEUX lorsqu’on ne la sélectionne pas ?

Je l’ai appelée pour lui expliquer que ce choix s’appuie sur des arguments justes. Elle était déçue. C’est le côté pénible de mon métier mais il faut le faire. Je lui ai demandé de se tenir prête car je l’ai mise sur la liste EHF.


Si l’année 2014 devait s‘achever sans médaille, ce serait la première fois que l’équipe de France ne monte pas sur un podium trois années consécutives (depuis 1999, elle n’a jamais connu plus de deux années de disette)…

Admettons que nous remportions une médaille à l’Euro, nous ne serons pas pour autant qualifiés pour les J.O. Si nous n’avons pas de médaille, on devra savoir pourquoi depuis quelques années on n’avance pas. Je refuse de me mettre une pression personnelle car elle ne serait pas positive et elle m’enlèverait de l’allant. Mais avant même d’aller à l’Euro, on peut déjà faire des bilans positifs et négatifs, pas besoin du verdict du résultat pour cela.


Peux-tu nous dire quel est le point d’amélioration primordial ?

Nous en parlons très souvent avec Éric BARADAT (responsable du PES féminin) et même avec Olivier KRUMBHOLZ. En France, nous n’avons pas de joueuses capables de tirer de loin alors que les autres pays sont armés de ce côté-là. C’est lié à notre formation et c’est un souci majeur.


L’Euro 2018 est-il déjà dans toutes les têtes ?

Aucune joueuse n’y pense, c’est bien trop loin. C’est aux dirigeants et aux entraîneurs d’y penser. Organiser c’est bien, bien y figurer c’est mieux. Nous avons quatre ans pour combler nos lacunes. Cet Euro 2018 est une vraie chance pour le handball féminin. Cela va dynamiser le secteur féminin avec un niveau d’exigence supérieur.


En tant que sélectionneur, tu as un rôle à jouer pour donner aux joueuses le maximum d’opportunités pour bien se préparer…

C’est un vaste chantier qui a déjà commencé. Il y a le calendrier de la LFH, le passage à 12 équipes, la formule sportive. Se poser aussi la question de la Coupe de la Ligue ou encore du Trophée des Champions. Il faut se mettre autour de la table et discuter en pensant bien à l’équipe de France 2018. 

Comment vis-tu de ne pas coacher chaque semaine tes joueuses ?

La frustration de ne pas les voir, je le vis assez bien. J’utilise mon temps à suivre des matches en France ou à l’étranger car on ne voit jamais mieux que dans une salle et cela permet le dialogue avec les joueuses. Cela prend de l’énergie mais c’est essentiel. J’étais récemment à Metz pour assister à un match de Ligue des Champions. J’ai pu discuter avec Jérémy ROUSSEL et avec les joueuses. Je me suis aussi rendu, le week-end dernier à Skopje pour voir nos Françaises du Vardar qui affrontaient Buducnost où évoluent quelques Monténégrines et Serbes qui seront nos adversaires à l’Euro. Je participe également à des colloques d’entraîneur et je fais la promotion de mon sport.


Appelles-tu régulièrement tes collègues entraineurs de club ?

J’entretiens des relations normales et cordiales avec eux. J’appelle si j’ai besoin de savoir quelque chose car ils ont les joueuses pendant huit mois. Récemment un entraîneur m’a dit qu’il trouvait que c’était un peu tôt pour sélectionner une joueuse.  Je l’ai écouté mais je l’ai quand même retenue.


Suis-tu autant le handball masculin que précédemment lorsque tu étais sélectionneur de l’équipe nationale tunisienne ?

Je suis aussi le handball masculin, bien sûr. Les médias tunisiens me sollicitent pour le Qatar mais je ne sais pas encore si j’effectuerai le voyage.


Arrives-tu à te muer en simple spectateur ou même en supporter ?

Je suis hermétique au contexte. Je suis toujours dans l’analyse technique, à me demander ce que j’aurais fait. Je me dis « détends-toi. Savoure ! » Autant il y a quelques années, cela me retournait le ventre de suivre les matches de mon club, l’USAM. Autant maintenant je les regarde avec plaisir.

 

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