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Claude Onesta : « il n’y a pas de la place pour tous »

28 octobre 2014 - 18:29

Claude Onesta : « il n’y a pas de la place pour tous »

 

Après la semaine de promotion en Guadeloupe et Martinique en juin dernier, Claude ONESTA retrouve ses joueurs à l’occasion de la campagne de qualifications à l’Euro 2016. À Chambéry (le 30 octobre) puis à Bâle (le 02 novembre), les Experts affronteront respectivement la République tchèque et la Suisse.

Claude, que fait un sélectionneur national de l’équipe de France senior pendant l’été ?

Cet été là m’a permis de me reposer un peu plus et de prendre aussi un peu de distance. C’est aussi un moment qui correspondait au bouclage du livre* auquel j’ai consacré des heures et des heures. Ce livre s’adresse au plus grand nombre et il sera lu par les proches voire par les acteurs eux-mêmes. Il fallait être vigilant.


Quels sont les éléments qui t’ont motivé à écrire cet ouvrage ?

Je sens bien que j’arrive au bout de l’aventure et je me situe dans une phase de transmission qui je l’espère permettra d’installer la suite. Partir avec sa gloire, se la garder sans faire bénéficier de cette aventure extraordinaire à ceux qui le souhaitent, n’aurait pas de sens. Cela m’a amené à me poser des questions que j’avais parfois esquivées ou analysées de façon superficielle. Mon métier a évolué au fur et à mesure de l’aventure et je comprends de mieux en mieux les enjeux. Prendre de la distance avec les événements permet une meilleure compréhension. Jusqu’à présent, je n’avais pas effectué cette démarche intellectuelle : pourquoi continuer alors qu’on a tout gagné ? Le fait sportif ou technique m’intéresse de moins en moins, en revanche la gestion humaine me paraît de plus en plus primordiale : je retiens le côté passionnant de chercher, d’explorer, de ne jamais refaire la même chose.


L’équipe de France est championne d’Europe et pourtant elle doit passer par les qualifications pour l’Euro 2016…

Mais disputer des matches officiels avec de l’enjeu, c’est bien mieux que de jouer des matches amicaux ! Cela permet de mobiliser tous les acteurs. Avec Philippe BANA nous avons milité pour que le champion d’Europe dispute les qualifications. Après notre titre européen en 2010, nous avions vécu une année délicate avec une difficulté à trouver des adversaires car ils étaient engagés dans les qualifications. La qualification automatique est censée donner plus de qualité pour travailler mais en réalité les matches amicaux sont perçus comme moins importants par les medias, par les entraîneurs des clubs et par les joueurs.


Dans quel état d’esprit allez-vous aborder les deux premières confrontations ?

On sera dedans car, quoiqu’il arrive, il faut se qualifier. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sera pas facile. Lors de qualifications à l’Euro 2010 nous avions perdu face à la République tchèque (29-32) avant de gagner au retour (32-25). Les Suisses possèdent un niveau de jeu qui leur permet de jouer des matches sérieux et il faudra aussi aller en Macédoine. Manquer cet Euro serait mal venu car il distribue, comme le Mondial 2015, un billet direct pour les J.O. de 2016.


Ces deux matches de qualifications vont-ils servir à préparer le Mondial 2015 au Qatar ?

Il y a une nécessité de se retrouver dans de bonnes conditions pour obtenir les résultats. J’attends une mobilisation du groupe car il s’agira de la dernière semaine dans l’approche de la préparation du Mondial. Sans mettre les joueurs dans une folle concurrence, il faut que chacun se rende compte qu’il n’y a pas de la place pour tous dans une liste de 16 joueurs. Je suis impatient de les retrouver et de me remettre au boulot avec beaucoup de plaisir et d’énergie. Je ne m’en lasse pas. J’espère que nous allons faire une belle semaine pour nous projeter ensuite sur le mois de janvier et le Mondial au Qatar.


Depuis la Golden League que vous avez remportée l’équipe de France n’a plus disputé de matches officiels. Ces six mois sans compétition t’ont offert du temps pour préparer ta causerie du 30 octobre prochain…

J’ai passé l’âge de réfléchir à cela des mois auparavant. L’expérience m’a appris que des éléments se rajoutent de manière régulière et que ce que tu auras préparé ne sera plus forcément en phase. J’ai accepté l’idée de l’évolution de mon métier, à savoir la capacité à s’adapter plus qu’à anticiper. C’est, je crois, la grosse différence entre le métier de sélectionneur et celui d’entraîneur. Ce denier planifie, organise, répète, alors que le sélectionneur est confronté à des situations sur lesquelles il a moins de prise. C’est un rôle d’équilibriste : je ne prépare pas de causerie. J’ai besoin d’être surpris et de devoir m’adapter.


Tu sembles toujours serein mais à l’approche d’une compétition majeure arrives-tu à trouver le sommeil ? Après 13 ans, quels sont tes « trucs » pour gérer le stress ?

J’arrive à le gérer mais cela ne veut pas dire que je ne suis pas dans le même état d’excitation qu’auparavant. La réussite apporte une espèce de sérénité et d’apaisement. Bien sûr lorsque tu joues ta tête c’est difficile de prendre de la distance. Certes un match c’est grave, une compétition c’est grave mais pas totalement si tu l’analyses à distance et que tu l’intègres dans un plan d’action général. Tout est important mais au-delà qu’est ce qui est fondamental ? Mais cette distance ne dénature pas mon engagement. Il y a plein d’éléments à percevoir, savoir récupérer l’équilibre du jeu, les relations interpersonnelles entre les joueurs, entre le staff et les joueurs, l’organisation du staff. Tout cela fait que je relativise le résultat final. J’avoue que j’arrive sur les rassemblements et les compétitions avec un plaisir et une tranquillité particulière. C’est quelque chose que j’ai gagné.


Et pendant les matches, les temps morts sont rarement agités…

Souvent le moment du match n’est pas le moment de la remise en question. Lors d’un temps mort on essaie de survivre ou de dominer. Mais un coup de gueule est plus un signe d’impuissance. Je m’autorise parfois une petite secousse si je sens que les joueurs peuvent s’éparpiller. Il faut alors trouver un élément qui leur permettra de se rassembler et de retrouver une part d’autonomie. Mon rôle a vraiment évolué car j’ai accepté que joueurs puissent prendre une part réelle dans la construction. Les temps morts où tu récites sont révolus. C’est plus un moment de retour au calme afin que les joueurs retrouvent le fil de leur match.


Le stage va débuter sans Sylvain NOUET qui a renoncé à sa fonction au sein du staff, lui qui t’accompagnait depuis ta prise de fonction en 2001. Comment as-tu accueilli sa décision ?

Je savais que cela devait arriver car depuis un petit moment Sylvain se sentait moins positionné et progressivement je crois qu’il a vécu sa mission avec moins d’enthousiasme. Voilà, on ne savait pas à quel moment mais on imaginait que cela finirait par se faire. En secouant un peu les murs au Qatar lorsque tout le staff était réuni début septembre, cela a certainement déclenché les choses. Sylvain a effectué lui-même l’annonce et à 18 mois des JO cela nous laisse le temps de nous réorganiser, ni dans l’urgence, ni dans l’affolement. Un cycle se termine et nous avons évité une crise. Il n’y a aucune difficulté dans notre travail commun que nous serons amenés à avoir notamment sur le Parcours d’Excellence Sportive. Sa présence en marge du rassemblement sera l’occasion d’un petit moment d’adieu et de remerciements réciproques. Sylvain ne part pas sans laisser d’adresse.


À la fin de l’été les équipes de France de Basket et de Volley ont performé. Comment observes-tu leur travail, leur fonctionnement ? As-tu des échanges avec tes collègues Vincent COLLET et Laurent TILLIE ?

Je souffrais d’un éloignement et d’un certain isolement. Ne trouvant pas les occasions de dialoguer et d’échanger avec mes collègues, j’ai fini par créer il y a 4 ans, avec Pierre DANTIN, une rencontre de coaches chaque été à Saint-Cyprien. Ce moment convivial en famille, au bord de la mer, permet de se rencontrer et de partager de façon informelle ou d’échanger sous la forme de rendez-vous sur les problématiques de nos métiers. Je joue un peu le rôle de grand frère. On prend le temps de s’appeler régulièrement et on débriefe de nos expériences, que ce soient des moments délicats ou de réussite, loin de l’univers médiatique. Ce qui est aussi fabuleux aussi, c’est le comportement de nos femmes respectives qui sont encore plus isolées avec parfois une souffrance qu’elles ne peuvent pas évoquer. Lors de cette rencontre annuelle, elles sont encore plus motivées que nous.
En juin dernier il y avait notamment Vincent COLLET, Claude BERGEAUD, Alain WEISZ, Laurent LABIT, Laurent TRAVERS, Christian LANTA, Bruno BINI, Romain BARNIER et Philippe PRESTI. Avec Vincent COLLET, un joyeux drille plein de finesse qui gagne à être connu, nous avons une relation de proximité et de confiance. Il faudrait que Laurent TILLIE, que j’ai croisé récemment lors de la promotion de mon livre nous rejoigne. Je crois qu’il y gagnerait à être moins isolé. Je suis très content de voir le volley se relever et redevenir opérationnel.


L’arrivée de BeIN sport favorise la médiatisation de la LNH et désormais les matches sont programmés mercredi et jeudi. Qu’en pense l’observateur n°1 du championnat de France ?

Sur le rythme des matches et du calendrier, je ne vois pas de grosse différence dans la fréquence des rendez-vous. Avec l’arrivée de BeIN sport, il y a une dynamique avec des moyens importants mais je ne connais pas les audiences. Le seul bémol c’est le remplissage des salles. J’ai le sentiment que mobiliser le public le mercredi et le jeudi est plus compliqué que le vendredi, en terme de mobilisation populaire, notamment pour les enfants.

* RÈGNE DES AFFRANCHIS PAR CLAUDE ONESTA – ÉDITION MICHEL LAFFON - 300 pages - PRIX : 17,95 €

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